Échos du futur – Zukunftsmusik – utopie sonore

Des musicien-ne-s de toute la Suisse ont été invité-e-s à imaginer une musique pour un public qui nʼest pas encore né aujourdʼhui.

40 œuvres de musique qui seront jouées en première mondiale dans 100 ans (2123)

Image de gauche: Pablo Diserens écoute la fonte des glaciers. Photo: Clément Coudeyre
Image de droite: fraufederer.ch

Pour le 100e anniversaire de la société de droits dʼauteur SUISA, des musicien-ne-s suisses ont imaginé 40 concepts et compositions qui ne seront concrétisés que dans 100 ans. Un petit avant-goût des projets sera présenté le 16 avril 2024 à Berne.
 

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Présentation publique des projets avec quelques extraits musicaux:
16 avril à 19h, au Yehudi Menuhin Forum à Berne

Modération: Desirée Meiser (Gare du Nord Bâle)

Avec: Nik Bärtsch, Erika Stucky, Joy Frempong & Marcel Blatti (Oy), Hyper Duo, Patrick Frank, Simone Felber & Adrian Würsch, Martina Berther, Fritz Hauser, Ludwig Berger, Matthias Klenota

Cette manifestation est organisée par l’Associazione Olocene Onsernone et SUISA. La participation est gratuite pour le public.

Inscription sous: www.suisa.ch/echosdufutur

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Dans le futur lointain de lʼannée 2123, lorsque SUISA fêtera son 200e anniversaire, des sons dʼun passé tout aussi lointain se feront entendre. Des musicien-ne-s suisses ont réfléchi à ce que pourrait être une telle musique. Il en résulte une œuvre collective fascinante en provenance de toute la Suisse, qui ne fera pas seulement sensation dans 100 ans. Après des mois de travail préparatoire, 40 concepts pour une telle «musique dʼavenir» sont désormais disponibles. Ils seront présentés le 16 avril 2024 au Forum Yehudi Menuhin à Berne.

Echapper à lʼesprit du temps

Lʼethnologue et curateur Johannes Rühl a développé cette idée originale à lʼoccasion du 100e anniversaire de SUISA (coopérative des auteurs et éditeurs de musique) lʼannée dernière. Il lʼa réalisée en collaboration avec la musicienne, médiatrice culturelle et gestionnaire culturelle Jennifer Jans et le chercheur en sciences sociales, professeur dʼuniversité et médiateur culturel Peter Kraut, avec le soutien de SUISA, de la FONDATION SUISA et dʼautres partenaires publics et privés.

Des musicien-ne-s de toute la Suisse ont été invité-e-s à imaginer une musique pour un public qui nʼest pas encore né aujourdʼhui, sous la devise «Échos du futur – échapper à lʼesprit du temps». Une musique qui sera jouée pour la première fois en 2123, dans un monde que nous avons beaucoup de mal à imaginer. Comment relever le défi de composer de la musique ayant lʼambition dʼêtre en avance sur son temps?

Passerelle vers un futur inconnu

Ce projet vise à tisser un lien entre les créateurs/trices de musique dʼaujourdʼhui et les futur-e-s interprètes et leur public, même si ces personnes ne se rencontreront jamais. Les compositrices et compositeurs étaient libres de créer ou non une musique concrète susceptible de répondre à une compréhension auditive future. Ils/elles pouvaient également exprimer un signal musical dʼun passé qui deviendrait lointain. Personne ne peut savoir comment le public réagira à la musique dans 100 ans. Nous ne connaissons ni les goûts ni les habitudes dʼécoute des auditeurs/trices de ce lointain demain. Nous ne savons même pas si la conception de lʼharmonie sera restée inchangée.

Avec lʼaide de curatrices et curateurs suisses reconnus, 40 musicien-ne-s dʼexception de tous les styles ont été sélectionnés, dont deux lauréat-e-s du Grand Prix suisse de musique et quatorze lauréat-e-s dʼun Prix suisse de musique. Ils/elles ont été invité-e-s à soumettre un concept ou une idée pour une nouvelle composition, avec une présentation sur deux pages A4.

Tendances constatées

Différents éléments de la conception actuelle de la musique sont représentés dans le projet: nouvelle musique, musique électronique, jazz, pop et musique folklorique. Des projets pluridisciplinaires ou performatifs sont également présents, ainsi que des installations. En examinant les concepts, on constate que le recours à des voix est fréquent et que des amateurs sont souvent impliqués. De nombreux projets ont une portée sociopolitique explicite et certains se situent dans des espaces utopiques de lʼexistence humaine. Certains semblent être des messages dʼune époque révolue. Les crises actuelles sont évoquées, bien que personne ne sache comment la situation aura évolué en 100 ans. Le climat est lʼun des thèmes abordés ainsi que, à plusieurs reprises, la fonte des glaciers,. La confiance dans la musique instrumentale est plutôt faible, tout comme celle dans les sons produits électroniquement, dont lʼespérance de vie semble faible.

Tous les moyens de composition et techniques pour la reproduction en direct de la musique étaient autorisés. Il incombait aux compositeurs/trices de choisir les moyens instrumentaux ou techniques auxquels ils/elles souhaitaient recourir. Les compositions devaient être reproductibles dans 100 ans selon les critères actuels. Cʼest notamment pour cette raison que la musique électronique nʼapparaît pratiquement pas. Il était exclu dʼenregistrer lʼœuvre sur un support sonore pour lʼécouter pour la première fois dans 100 ans. Les concepts, dessins et partitions présentés devaient pouvoir être placés dans le conteneur prévu à cet effet dans les archives et être composés uniquement de matériaux qui résisteront sans altération durant un siècle.

Cinq concepts font actuellement lʼobjet dʼun travail intensif. Ils ont été sélectionnés parmi 40 propositions pour être présentés en public le 16 avril à Berne. Mais de nombreux autres travaux seront également abordés et brièvement présentés. Beaucoup de musiciennes et musiciens ayant participé au projet serontprésents.

Sous scellés pendant 100 ans

Après cette manifestation, les documents originaux seront remis à la Phonothèque nationale suisse à Lugano et conservés pendant 100 ans dans un conteneur scellé. Seul le papier sans acide a une chance de survie, les indications manuscrites à lʼencre ou au stylo à bille sont les plus sûres. Il nʼest toutefois pas certain que notre écriture manuscrite puisse encore être lue dans 100 ans. Peut-être existera-t-il alors des machines capables de déchiffrer notre «calligraphie». Nous ne savons pas si nos descendant-e-s sauront encore lire des partitions dans 100 ans.

Lors du 200e anniversaire de SUISA, en 2123, la boîte à trésor sera ouverte et, comme prévu, les 40 morceaux dʼune époque lointaine seront rendus audibles pour la première fois. La Phonothèque nationale sʼest engagée à garantir pendant 100 ans que le matériel ne sera pas détruit, volé, modifié ou même oublié.

Bientôt disponible: un coffret dʼarchivage

Même si tout le matériel sera conservé dans des archives, il devra rester accessible. Une publication en édition limitée à 250 exemplaires sera éditée à lʼoccasion de la présentation officielle du projet. Elle se composera de 40 feuilles volantes de 4 pages A4, imprimées sur du papier de haute qualité. Les 40 concepts et compositions seront placés dans un coffret dʼarchivage (sous la forme de fac-similés) spécialement réalisé à cet effet. Cela constituera un document unique sur la création musicale de notre époque.

Une compilation des 40 concepts pour s’orienter (PDF, 200 KB)
Ces textes servent à se faire une idée rapide du contenu et à s’informer sur les musiciens.

Le projet dans les médias
06 avril 2024 dans "Il Quotidiano" de la télévision tessinoise RSI
10 avril 2024, 22h04, SRF1 un reportage d’une heure sur «Kulturplatz»
12 avril 2024, 20h00, radio SRF2 Kultur, dans la série «Passage» de Bettina Mittelstrass

A propos de «musique dʼavenir»

Le projet «Échos du futur – musique dʼavenir» touche à de multiples aspects musicaux, philosophiques et profondément subjectifs. En fait, lʼexigence de créer et de générer sans cesse de la nouveauté nous est très familière. En même temps, un attachement à ce qui a fait ses preuves et à ce qui est habituel est inévitable.

En 1860, Richard Wagner publiait son célèbre pamphlet «Zukunftsmusik». Il y exprime son point de vue selon lequel il ne suffit pas dʼêtre contemporain en musique. La musique doit être en avance sur elle-même, elle doit puiser dans lʼavenir les formes qui existent déjà en germe.

Aujourdʼhui, presque personne nʼoserait proclamer cette prétention. Contemporain ne signifie pas plus que «de maintenant pour maintenant». Lʼavant-garde a lʼambition dʼêtre en avance sur son temps. La nouvelle musique nʼest pas forcément une musique dʼavenir. La musique électronique documente les possibilités techniques actuelles. La science-fiction projette nos fantasmes dʼavenir dans le présent. Toute musique créée aujourdʼhui est destinée à un public dʼaujourdʼhui. Pour une fois, elle ne lʼest justement pas, car les auditeurs/trices de cette musique ne sontpas encore nés.